RE2020 - vers des bâtiments neufs plus performants énergétiquement
Réglementation Transition énergétique

RE2020 : vers des bâtiments neufs plus performants énergétiquement

Publié le 29 juillet 2026 Dernière modification : 29 juillet 2026

En France, le bâtiment ne joue pas dans la cour des petits émetteurs. À lui seul, le secteur représentait en 2018 près de 43% de la consommation d’énergie nationale, ce qui en fait le premier poste devant tous les autres. S’y ajoutent environ 19% des émissions de gaz à effet de serre pour la phase d’utilisation des bâtiments. Et encore, ce chiffre ne compte pas le carbone émis pour les construire. Difficile, dans ces conditions, de parler transition énergétique sans s’attaquer à la façon dont on bâtit.

C’est précisément le rôle de la RE2020. Entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2022, cette réglementation environnementale remplace la RT2012. Jusqu’ici, on raisonnait surtout en performance thermique : limiter les consommations d’énergie une fois le bâtiment occupé. Désormais, la réglementation élargit la focale et ajoute un volet carbone, en mesurant l’empreinte du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie, des matériaux jusqu’à la fin de vie.

On passe ainsi d’une approche purement énergétique à une approche environnementale, plus exigeante mais aussi plus cohérente avec les objectifs climatiques de la France.

La RE2020, qu'est-ce que c'est

La RE2020, qu’est-ce que c’est ?

La RE2020, ou réglementation environnementale 2020, encadre la construction neuve en France depuis le 1ᵉʳ janvier 2022. Elle poursuit 3 objectifs portés par les pouvoirs publics : améliorer la performance énergétique des bâtiments, réduire leur impact carbone sur l’ensemble du cycle de vie, et garantir le confort en cas de forte chaleur. Sur le plan juridique, elle répond à 2 textes structurants : la loi de transition énergétique pour la croissance verte (2015) et la loi ELAN (2018).

Une précision mérite d’être soulignée : la RE2020 est la première réglementation française, et l’une des premières au monde, à introduire la performance environnementale dans la construction neuve par le biais de l’analyse du cycle de vie. Avant son entrée en vigueur, l’État et les acteurs du secteur ont lancé dès novembre 2016 une vaste expérimentation baptisée E+C- (énergie positive et réduction carbone). Début 2020, l’observatoire de l’expérimentation comptait déjà plus de 1 000 bâtiments. Ces retours ont permis de déterminer le contenu de la RE2020 au plus près de la réalité technique et économique.

De la RT2012 à la RE2020 : pourquoi ce changement ?

Pendant des décennies, les réglementations thermiques ont poursuivi un même cap : réduire la consommation d’énergie des bâtiments. La RT2012, elle, en réponse au Grenelle de l’Environnement. Elle a généralisé les bâtiments basse consommation et fortement abaissé les besoins énergétiques du neuf. Mais limiter ce qu’un bâtiment consomme une fois habité ne suffit plus à répondre aux enjeux climatiques actuels.

Pourquoi ce virage, alors ? Parce que la France vise la neutralité carbone en 2050, un objectif inscrit dans la loi Énergie-Climat et décliné par la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3). Or le bâtiment figure parmi les plus gros postes d’émissions et de consommation d’énergie du pays : impossible de l’ignorer dans une trajectoire de décarbonation. La RE2020 répond donc à une logique plus large. Elle ne mesure plus seulement les consommations en phase d’usage, elle intègre aussi le carbone émis pour produire les matériaux et construire le bâtiment, via l’analyse du cycle de vie.

S’ajoute un paramètre que la RT2012 traitait peu : l’adaptation au climat futur. Un bâtiment livré aujourd’hui sera possiblement encore occupé en 2070, sous un climat sensiblement plus chaud. Concevoir uniquement pour le confort d’hiver n’a donc plus de sens. La RE2020 anticipe l’intensification des canicules et intègre pleinement la question des fortes chaleurs dès la conception.

Quels bâtiments sont concernés et selon quel calendrier ?

La RE2020 ne s’est pas imposée à tout le neuf d’un seul coup. Le législateur a retenu un déploiement par étapes, catégorie de bâtiment par catégorie de bâtiment, pour laisser à chaque segment de la filière le temps de s’adapter. Voici les principales échéances :

Type de bâtimentEntrée en vigueur
Logements neufs (maisons individuelles et habitat collectif)1ᵉʳ janvier 2022
Bureaux et établissements d’enseignement primaire ou secondaire1ᵉʳ juillet 2022
Constructions et extensions de petite surface (logements, bureaux, écoles)1ᵉʳ janvier 2023
Habitations légères de loisirs (HLL) de moins de 50 m² soumises à une autorisation d’urbanisme1ᵉʳ janvier 2023
HLL de moins de 35 m² dispensées de formalité d’urbanisme⁽¹⁾1ᵉʳ janvier 2023
Bâtiments temporaires (logements, bureaux, enseignement)1ᵉʳ juillet 2023
Autres usages de bâtimentsÀ venir
⁽¹⁾ Date avancée au 1ᵉʳ janvier 2023, contre le 1ᵉʳ juillet initialement prévu, par l’arrêté du 14 août 2024.

À noter également : la RE2020 ne s’applique pas aux départements d’outre-mer, qui relèvent de règles spécifiques.

Les 3 objectifs de la RE2020

Toute la logique de la RE2020 tient en 3 objectifs, ses fameux 3 piliers. Le premier prolonge l’héritage des réglementations thermiques : consommer moins d’énergie. Les 2 suivants marquent la vraie rupture : réduire l’empreinte carbone du bâtiment et préserver le confort en cas de chaleur. Surtout, ces piliers ne s’empilent pas chacun dans leur coin ; ils s’équilibrent au sein d’un même projet. Voilà ce qui rend la réglementation plus exigeante que la RT2012, mais aussi bien mieux accordée au climat qui nous attend.

Améliorer la performance énergétique

Premier cap : concevoir des bâtiments réellement économes. La RE2020 reprend ici un principe de bon sens hérité de la RT2012 : le meilleur kilowattheure est celui qu’on évite de consommer. La priorité va donc au bâti lui-même, avant tout choix d’équipement. Mieux un bâtiment est pensé dès le départ, moins il réclamera d’énergie pour se chauffer, se rafraîchir et s’éclairer une fois occupé.

Mais réduire les besoins ne suffit plus. La réglementation pousse aussi à les couvrir avec des énergies renouvelables ou peu carbonées. Pompes à chaleur, réseaux de chaleur, etc : le cap est clairement fixé.

Réduire l’impact carbone du bâtiment

C’est la grande nouveauté, et sans doute la plus structurante. Pour la première fois, une réglementation française ne se contente pas de mesurer ce qu’un bâtiment consomme une fois habité : elle s’intéresse à ce qu’il a fallu émettre pour le faire exister. Extraction des matériaux, transport, chantier, exploitation puis fin de vie : tout entre dans le bilan, grâce à l’analyse du cycle de vie.

Ce changement de regard bouleverse la manière de concevoir. Le carbone s’invite désormais dans les arbitrages, là où l’on raisonnait surtout en coût et en performance thermique. D’où l’encouragement appuyé aux matériaux bas carbone et biosourcés, capables de stocker du CO₂, et à la sobriété constructive.

Garantir le confort d’été

Longtemps secondaire, ce 3e objectif est devenu incontournable. Les vagues de chaleur se multiplient, et un logement comme un bureau doivent rester vivables en plein été, sans qu’on branche la climatisation par réflexe. C’est tout l’esprit de la RE2020 : traiter le confort estival comme une question de conception, et non comme un problème qu’on règle à coups de froid mécanique.

La réponse repose d’abord sur des stratégies passives : protections solaires, occultations, logements traversants, ventilation naturelle, sans oublier la végétalisation et les îlots de fraîcheur à l’échelle de la parcelle. Autant de leviers qui rejoignent les attentes croissantes des collectivités et des bailleurs en matière de qualité de vie.

Comment mesure-t-on la performance d’un bâtiment ? Les indicateurs RE2020

Sous la RT2012, un indicateur principal dominait : le Bbio. La RE2020 a fait voler en éclats cette logique. Désormais, 6 indicateurs deviennent simultanément dimensionnants, et aucun ne peut être négligé sans déséquilibrer l’ensemble du projet. Ces critères se répartissent en 3 familles : l’énergie, le carbone et le confort d’été.

Les indicateurs énergétiques : Bbio, Cep et Cep,nr

Le Bbio (besoins bioclimatiques) ouvre le bal. Il évalue les besoins intrinsèques du bâtiment en chauffage, en rafraîchissement et en éclairage, sans prendre en compte les équipements installés. En clair, il note la qualité de la conception : orientation, surfaces vitrées, isolation, inertie des matériaux, compacité des volumes. Nouveauté de taille par rapport à la RT2012, il intègre désormais systématiquement le besoin de froid.

Viennent ensuite le Cep et le Cep,nr, qui mesurent les consommations d’énergie primaire. Le premier comptabilise la consommation totale ; le second isole la seule part d’énergie non renouvelable. La distinction compte : en plafonnant le Cep,nr, la réglementation pousse à délaisser les énergies fossiles au profit de solutions renouvelables ou peu carbonées. Le périmètre de calcul s’est d’ailleurs élargi à des postes longtemps ignorés, des ascenseurs aux parkings, en passant par les circulations des logements collectifs.

Reste une notion qui mérite une explication : le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire. Derrière ce terme technique se cache l’énergie qu’il faut mobiliser « en amont » pour livrer 1 kWh au compteur. Historiquement fixé à 2,58, il ne reflétait plus la réalité d’un mix électrique français largement décarboné. La RE2020 l’a donc abaissé à 2,3, ce qui valorise les bâtiments électriques performants, à commencer par ceux équipés de pompes à chaleur.

À ne pas confondre : RE2020 et DPE

Ce coefficient de 2,3 s’applique au calcul de la RE2020, qui encadre la construction neuve. Il ne faut pas le confondre avec celui du DPE, l’outil qui évalue les logements existants. Ce dernier a été abaissé à 1,9 au 1ᵉʳ janvier 2026, pour s’aligner sur la valeur de référence européenne et mieux refléter le faible contenu carbone de l’électricité française. Une évolution qui fait sortir des centaines de milliers logements du statut de « passoire énergétique ».

Les indicateurs carbone : Ic construction et Ic énergie

Pour la première fois, la réglementation mesure le carbone, et pas seulement l’énergie.

L’Ic construction rassemble en réalité 2 volets : les composants du bâtiment et le chantier. Côté composants, il prend en compte les produits de construction et les équipements sur l’ensemble de leur cycle de vie, fabrication, transport, mise en œuvre, remplacement éventuel en cours d’usage, puis fin de vie. Côté chantier, il comptabilise notamment l’énergie, l’eau et les déchets générés pendant la construction.

L’Ic énergie, lui, traduit en émissions de gaz à effet de serre les consommations d’énergie de la phase d’exploitation sur 50 ans. Sur le plan méthodologique, c’est un indicateur environnemental, mais ses leviers restent énergétiques : il récompense les énergies décarbonées.

Pourquoi ces 2 indicateurs précisément ? Parce que, parmi les 5 contributions évaluées par l’analyse du cycle de vie, les composants et l’énergie pèsent de loin le plus lourd : à eux deux, ils représentent environ 90% des impacts globaux d’une opération.

L’indicateur de confort d’été : le DH (degrés-heures)

Dernier de la liste, le DH (degrés-heures d’inconfort) remplace l’ancien indicateur « température intérieure conventionnelle » (Tic) de la RT2012. Son principe est simple à saisir : il fonctionne comme un compteur qui additionne, heure après heure et sur toute la saison chaude, chaque degré dépassant un seuil de confort. Ce seuil s’établit à 26°C la nuit et peut grimper jusqu’à 28°C en journée, pour tenir compte de la capacité du corps humain à s’habituer après plusieurs jours de chaleur.

Concrètement, plus un bâtiment surchauffe longtemps et fort, plus son DH grimpe. La réglementation fixe 2 repères : sous un seuil bas, le bâtiment est jugé confortable ; au-delà d’un seuil haut, modulé selon la zone climatique et le type de bâtiment, il devient non conforme.

Comment mesure-t-on la performance d'un bâtiment

L’analyse du cycle de vie (ACV) : la grande nouveauté de la RE2020

Si la RE2020 marque une rupture, c’est largement grâce à elle : l’analyse du cycle de vie, ou ACV. L’idée tient en une phrase : un bâtiment émet du CO₂ bien avant d’être occupé, dès l’extraction des matières premières.

Le cycle de vie d’un bâtiment, étape par étape

Concrètement, la RE2020 découpe la vie de l’ouvrage en 5 étapes, et l’ACV passe les émissions de chacune au crible :

  • La production : extraction des matières premières, puis leur transformation en produits manufacturés et en équipements, incluant le transport ;
  • La construction : le chantier proprement dit, depuis l’installation et la mise en œuvre des matériaux et produits finis, incluant le transport ;
  • L’exploitation : la « vie » du bâtiment une fois occupé, entre consommations énergétiques, usage de l’eau, entretien, réparations et remplacement des équipements au fil des années ;
  • La fin de vie : la déconstruction, puis le traitement et l’élimination des matériaux et produits, incluant le transport ;
  • Les bénéfices et charges au-delà du cycle de vie : le potentiel de réemploi, de récupération et de recyclage des matériaux.

Sur quoi repose le calcul ? FDES, PEP et base INIES

Pour entrer dans le calcul, un produit ou un équipement doit disposer d’une déclaration environnementale. Les fabricants l’établissent dans un cadre précis, puis un organisme tiers indépendant la vérifie.

Deux familles de fiches coexistent. Les FDES (fiches de déclaration environnementale et sanitaire) concernent les produits de construction et de décoration. Et les PEP (profils environnementaux produits) couvrent les équipements, du génie climatique aux composants électriques. Chacune peut être individuelle, propre à un produit donné, ou collective, représentative d’une famille de produits ou d’un groupement de fabricants. Dans tous les cas, la fiche condense l’analyse du cycle de vie du produit concerné, une sorte de pièce d’identité environnementale.

Toutes ces déclarations sont rassemblées dans la base INIES, la référence nationale, consultable gratuitement. Un produit sans déclaration n’est pas exclu du projet pour autant ; simplement, le calcul lui applique des valeurs par défaut volontairement pénalisantes.

Des exigences de plus en plus strictes : la trajectoire jusqu’en 2031

La RE2020 n’a pas dressé un mur réglementaire du jour au lendemain. Elle fonctionne par paliers, avec des seuils qui se resserrent au fil des années. Cette montée en puissance progressive répond à une logique simple : laisser à la filière le temps de monter en compétence, d’adapter ses pratiques et de faire évoluer l’offre de matériaux, sans casser la dynamique de construction.

Un durcissement qui vise d’abord le carbone

Là où la performance énergétique reste relativement stable, c’est sur le volet carbone que la réglementation accélère. Le principal indicateur concerné est l’Ic construction. Ses seuils s’abaissent par étapes successives, pour atteindre en 2031 des niveaux nettement plus exigeants qu’au démarrage en 2022.

L’objectif de ce resserrement ? Pousser les acteurs vers des choix constructifs plus sobres et moins émissifs. L’Ic énergie, qui traduit l’impact carbone des consommations en exploitation, se durcit lui aussi, encourageant un peu plus chaque année les énergies décarbonées.

Cap 2031 : vers des bâtiments à très faibles émissions

À mesure que les échéances approchent, l’ambition se précise : construire des bâtiments à l’empreinte carbone réduite sur l’ensemble de leur cycle de vie. Cette trajectoire valorise 2 leviers complémentaires. D’une part, l’économie circulaire, avec le réemploi et le recyclage des matériaux, désormais encouragés dans le calcul réglementaire. D’autre part, le stockage carbone, porté par les matériaux biosourcés capables de piéger du CO₂ pendant toute la vie de l’ouvrage.

L’horizon le plus lointain dessine ainsi le bâtiment de demain : peu émissif, conçu pour durer et pensé dès l’origine dans une logique bas carbone. Pour les collectivités et les entreprises qui pilotent des opérations neuves, cette trajectoire n’est pas qu’une contrainte. Anticiper ces seuils, c’est sécuriser ses projets sur le long terme et valoriser un patrimoine immobilier aligné avec les attentes environnementales des prochaines décennies.

Cap 2031 vers des bâtiments à très faibles émissions

la bellenergie Business, votre brique de décarbonation en phase exploitation

Reste un point essentiel pour les entreprises et les collectivités. Si la RE2020 réglemente fortement le carbone de la construction, elle fixe aussi un seuil sur l’impact des consommations d’énergie pendant les cinquante ans de vie du bâtiment.

C’est précisément là que la bellenergie Business intervient. En tant que fournisseur d’électricité dédié aux entreprises et aux acteurs publics, nous prolongeons la logique bas carbone de la RE2020 sur la durée, là où elle se joue réellement : l’exploitation. Concevoir un bâtiment performant est une première étape, l’alimenter durablement en est la suite logique.

Bâtir sobre, c’est bien. Faire vivre ce bâtiment avec une énergie maîtrisée, c’est aller au bout de la démarche.

Sources

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